Selon un rapport alarmant, la majorité des victimes d’agressions sexuelles sont mineures
- 5 mars 2015
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Un rapport de l’association Mémoire traumatique et victimologie souligne le manque de dénonciations et de prises en charge des victimes de violences sexuelles.

L’idée de viol renvoie dans l’imaginaire collectif à l’image d’une femme abusée par un inconnu dans une ruelle lugubre. La plupart des agressions sexuelles suivent pourtant un tout autre scénario, bien plus sombre encore. C’est ce que révèle le rapport de l’association Mémoire traumatique et victimologie publié le 1er mars, produit d’une enquête lancée il y a un an sur les réseaux sociaux avec le soutien de l’UNICEF France. 1214 victimes de violences sexuelles y ont répondu, dont 95% de femmes.
Au-delà de constater que la grande majorité des violences sexuelles sont commises sur des mineurs, et par des proches, cette enquête évalue leur impact sur la santé des victimes, et étudie la manière dont elles sont pris en charge. Les résultats sont alarmants, et l’association dénonce ainsi une “situation d’urgence sanitaire et sociale”.
81% des victimes sont des mineurs
La grande majorité des victimes de violences sexuelles sont donc des mineurs. Parmi elles, une sur deux déclare que les faits se sont déroulés avant qu’elles aient onze ans, et 21% n’avaient pas six ans. Il s’agit à 70% de cas d’inceste. Par ailleurs, un quart des violences sexuelles sur mineurs sont elles-mêmes commises par des mineurs.
Comme le rapporte Le Huffington Post, et selon un rapport de l’OMS dévoilé en 2014, 20% des femmes, et entre 5 et 10% des hommes dans le monde ont été victimes d’agressions sexuelles durant leur enfance.
Le rapport fait aussi état de la difficulté des victimes à obtenir une protection ainsi qu’une contrepartie de la part de la justice. Parmi les victimes interrogées, 83% affirment n’avoir pas été protégées. Elles sont trois sur dix à avoir porté plainte. Une minorité donc, et pourtant c’est trois fois plus que la normale selon Le Figaro. En effet, comme le reconnait l’association, son enquête présente un biais car les questions qui la composent ont été diffusées en ligne, de sorte que les personnes ayant le plus refoulé les agressions dont elles ont été victimes n’y ont pas répondu.
Parmi celles qui ont porté plainte, 82% disent avoir mal vécu le dépôt de plainte, car on ne les a pas assez crues, accompagnées ou soutenues. Enfin, 89% ont ensuite mal vécu leur procès, souvent perçus comme éprouvants du fait de leur durée. Aussi, leur “sentiment d’injustice est renforcé par les trop fréquentes correctionnalisations des viols ainsi que par le problème des délais de prescription“, comme le rappelle le rapport.
Un impact dramatique sur la santé et une prise en charge insuffisante
L’enquête recense que 80% des victimes de viols développent un état de stress post-traumatique. C’est-à-dire qu’elles donnent naissance à une mémoire traumatique qui leur fait revivre mentalement leur agression, dans un état de stress extrême.
D’autres troubles psychiques sont présents chez les victimes. Plus elles étaient jeunes lorsqu’elles ont subi les violences, et plus l’impact est important. En cas d’inceste, la situation est encore aggravée. Parmi les troubles existants, la perte d’estime de soi est récurrente : elle touche 83% des victimes. Plus grave encore : une victime de viol sur deux affirme avoir tenté de se suicider au moins une fois dans sa vie.
Extrait du rapport


Les agressions sexuelles entrainent aussi des troubles psychosomatiques, et une victime sur deux se reconnait sujette à une addiction (drogues, tabac, alcool…). Les stratégies d’évitement peuvent ainsi porter gravement atteinte à leur santé.
On constate également que seules 18% des victimes ont bénéficié d’une prise en charge médicale rapide faisant suite à leur agression. Plus tard, seulement 6% d’entre elles ont reçu des soins permettant de traiter leur stress post-traumatique. L’association déplore naturellement ces chiffres, ainsi que le manque de formation des professionnels de la santé, qui connaissent mal le profil très spécifique des victimes.
De manière plus globale, l’UNICEF espère que ce rapport permettra de lever le voile sur “l’enfer que [les victimes] vivent ainsi que de la solitude et la souffrance dans lesquelles le déni ambiant les emmure“.
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